Demandez à dix professionnels du secteur des dispositifs médicaux d’expliquer la différence entre un CEP et un CER, et vous obtiendrez probablement dix réponses différentes. Certains utilisent ces termes de manière interchangeable. D’autres considèrent le CEP comme facultatif. Quelques-uns n’en ont d’ailleurs jamais établi. Dans le cadre du RDM de l’UE, cette ambiguïté ne se résume pas à un simple manque de connaissances; il s’agit d’un risque de non-conformité. Ces deux documents sont obligatoires, tous deux sont examinés par les organismes notifiés, et chacun remplit des fonctions fondamentalement différentes au sein de votre processus d’évaluation clinique.
Mettons les choses au clair.
Le plan d’évaluation clinique est le document stratégique qui définit la manière dont votre évaluation clinique sera menée. Considérez-le comme la déclaration de méthodologie avant la collecte des données. Un CEP bien structuré décrit:
Le CEP est le «plan». Il doit exister avant le début de l’évaluation — et non être rédigé a posteriori pour justifier des conclusions déjà tirées.
Le rapport d’évaluation clinique est le résultat du processus d’évaluation défini dans le CEP. Il s’agit de l’argumentaire scientifique documenté attestant de la sécurité et des performances de votre dispositif, sur la base de toutes les données cliniques disponibles. Un CER complet comprend :
Le CER constitue la «preuve». Il doit respecter la méthodologie définie dans le CEP et être mis à jour régulièrement tout au long du cycle de vie du dispositif.
Exigence du MDR : l’annexe XIV du MDR de l’UE 2017/745 exige explicitement que le CEP et le CER fassent partie intégrante du processus d’évaluation clinique. Aucun des deux n’est facultatif.
1. Les organismes notifiés évaluent les deux
Au cours de l’évaluation de la conformité, votre organisme notifié examinera le CEP afin de vérifier si votre méthodologie d’évaluation est scientifiquement valable — avant même d’examiner les conclusions de votre CER. Un CEP insuffisant ou absent sape la crédibilité de tout ce qui suit.
2. Le CEP protège votre CER contre le « scope creep »
En l’absence d’un CEP prédéfini, les auteurs du CER ont souvent tendance à élargir ou à restreindre leur évaluation en fonction des preuves qu’ils trouvent, plutôt qu’en fonction des exigences liées aux allégations du dispositif. Cela crée un raisonnement circulaire que les évaluateurs ne manqueront pas de contester.
3. La gestion du cycle de vie est facilitée par un CEP solide
Lorsque votre dispositif évolue ou que des données PMCF sont disponibles, le CEP sert de référence pour mettre à jour votre CER. Sans lui, chaque mise à jour revient à rédiger un document à partir de zéro.
Une analogie pratique
Considérez le CEP comme un protocole d’essai clinique, et le CER comme le rapport d’étude clinique. Vous ne mèneriez pas d’essai clinique sans protocole. Vous ne soumettriez pas un rapport d’étude qui ne le respecte pas. La même logique s’applique ici.
« Un CEP solide est le signe d’une maturité réglementaire. Il indique à l’organisme notifié que votre équipe maîtrise les aspects scientifiques avant même que celui-ci ne procède à son évaluation — et pas seulement la documentation. »
Le CEP et le CER ne sont pas des documents indépendants ; ce sont deux phases d’un même processus continu:
Ce cycle se poursuit tout au long du cycle de vie du dispositif. Les fabricants qui le gèrent de manière systématique maintiennent une meilleure conformité et sont mieux préparés lors des audits et des renouvellements.
Dans le blog n° 3, nous vous emmenons dans la salle d’examen de l’organisme notifié pour vous présenter les cinq principales constatations qui reviennent le plus souvent lors des examens des CER, ainsi que ce qu’elles révèlent sur les lacunes persistantes des fabricants.